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Réseaux sociaux et économie de l'attention : ce que les compagnies aériennes doivent changer en 2026

Photo du rédacteur: Julien Pitassi
Julien Pitassi
31 août
4 min de lecture

Il y a quelques mois, nous écrivions ici qu'Instagram basculait d'une économie de la visibilité vers une économie de l'attention : les indicateurs confortables (vues, portée, impressions) perdent leur valeur au profit de signaux plus exigeants comme le temps passé, les interactions actives, ou les partages réels. Pour l'aérien, ce basculement n'est pas une tendance parmi d'autres. C'est une remise en cause frontale de la manière dont le secteur produit du contenu depuis quinze ans.


Le contenu « rêve de voyage » ne fait plus recette


Ouvrez les comptes Instagram ou TikTok d'une dizaine de compagnies aériennes : plage au coucher de soleil, aile d'avion au-dessus des nuages, sourire d'un couple à l'arrivée. Le format est reconnaissable entre tous, produit en volume, décliné destination après destination. Il a fonctionné tant que l'objectif était la portée. Il fonctionne de moins en moins maintenant que l'algorithme, et surtout l'utilisateur, sanctionne ce qui est ignoré plutôt que ce qui est simplement vu.


Le problème n'est pas que ce contenu est mauvais, le problème est qu'il est interchangeable. Retirez le logo, et rien ne permet de dire à quelle compagnie appartient la publication. Or une économie de l'attention ne récompense pas ce qui est joli, elle récompense ce qui est identifiable et ce qui mérite qu'on s'arrête.


L'authenticité, nouveau levier de performance (y compris dans l'aérien)


Ce que nous observions sur Instagram en général se vérifie très concrètement dans le secteur : les formats simples, tournés face caméra, portés par une vraie personne plutôt que par une production léchée, surperforment aujourd'hui des contenus dix fois plus coûteux à produire. Un membre d'équipage qui explique un geste du métier, un pilote qui commente une manœuvre, une escale racontée de l'intérieur plutôt que photographiée de l'extérieur : ce sont ces formats qui retiennent, parce qu'ils apportent quelque chose que la photo de destination n'apporte pas : un point de vue.


Cela ne signifie pas qu'il faut abandonner tout contenu de marque produit. Cela signifie qu'il faut cesser de penser le contenu en termes de format avant de le penser en termes de message. La question n'est plus « quel visuel allons-nous produire », mais « quelle information ou quelle émotion mérite d'être partagée, et qui est le mieux placé pour la porter ».


Une compagnie aérienne, ce n'est pas un compte, c'est plusieurs usages


L'autre enseignement que nous tirions de l'analyse d'Instagram s'applique presque mot pour mot à l'aérien : une plateforme sociale n'est pas un canal unique, c'est un ensemble d'usages qui ne se recoupent pas. Les stratégies qui échouent sont celles qui traitent « les réseaux sociaux » comme un seul public, avec un seul ton.


Dans l'aérien, cette fragmentation est particulièrement marquée :


  • Le voyageur d'affaires cherche, sur LinkedIn ou X, de la fiabilité et de l'information exploitable, à l'instar de la ponctualité, des correspondances, du statut du programme fidélité, mais très peu d'inspiration.


  • Le voyageur loisir cherche, sur Instagram ou TikTok, une raison de rêver et de choisir une destination, mais seulement si le contenu se distingue du flux générique.


  • Le client en attente d'information (retard, correspondance manquée, perturbation) attend un canal réactif, souvent X ou WhatsApp, avec une tonalité radicalement différente de la communication de marque du même jour.


  • Le futur collaborateur observe la marque employeur à travers les contenus internes, souvent les plus regardés et les plus partagés, alors qu'ils sont rarement pensés comme un axe stratégique à part entière.


Traiter ces quatre publics avec la même ligne éditoriale, au même rythme, sur les mêmes formats, revient à n'en satisfaire vraiment aucun.


Ce que cela change


Pour une compagnie aérienne qui veut sortir de l'économie de la visibilité et entrer dans celle de l'attention, plusieurs chantiers deviennent prioritaires :


  • Auditer le contenu existant par l'engagement réel, pas par la portée. Un contenu vu par beaucoup mais retenu par personne ne construit rien ; identifier ce qui, dans les douze derniers mois, a généré du temps passé et des partages donne la vraie feuille de route.


  • Donner une place éditoriale au personnel navigant et au personnel au sol, dans un cadre de marque clair, plutôt que de tout centraliser dans une production léchée et anonyme.


  • Construire des lignes éditoriales distinctes par usage (information voyageur d'affaires, inspiration loisir, réactivité service client, marque employeur) plutôt qu'une seule ligne éditoriale déclinée sur tous les canaux.


  • Accepter qu'un contenu réussi ne soit pas toujours le plus beau, mais le plus utile ou le plus incarné au moment où il est publié.


Ce que nous devons faire


L'économie de l'attention ne se conquiert plus par le volume de publication ni par la qualité de production seule. Elle se conquiert en étant identifiable, utile et incarné, sur le bon usage, au bon moment. Pour un secteur qui a longtemps communiqué en volume (une photo de destination après l'autre) c'est un changement de discipline plus qu'un changement de moyens. Et c'est une bonne nouvelle pour les compagnies qui n'ont pas les budgets des plus grandes : l'attention, contrairement à la portée, ne s'achète pas.


Envie d'auditer votre présence sociale avant la rentrée ou avant IFTM Top Résa ? Parlons-en.

 
 
 

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